mercredi 19 mars 2008

Journal de Joseph Mosneron-Dupin


Joseph Mosneron-Dupin, armateur négrier nantais, naît en 1748.
Suivant les souhaits de son père, capitaine de navire, il complète
sa formation scolaire par un premier voyage à bord d’un navire négrier,
Le Prudent.
L’année de ses quinze ans, Joseph embarque sur Le Prudent
comme pilotin (élève officier non diplômé).
Il raconte dans ses mémoires cette campagne particulièrement longue.

Il écrit : « Je me rendis dans la journée à Paimbœuf
à bord du navire Le Prudent. […]
Le navire avançait en charge et fut tellement encombré
par les marchandises et les vivres qu’il ne restait dans
la grand’chambre que l’espace nécessaire pour le jeu de la barre.
[…] Le navire chargé, l’équipage étant rassemblé, nous attendîmes
les vents favorables pour notre départ qui arriva le 13 septembre 1763. […]
L’équipage était composé de 34 hommes tout compris. Le capitaine James était un homme d’environ 34 ans […]. Le second, nommé Virdet, avait près de 48 ans. […] Le lieutenant nommé Dutreau était un homme de 30 ans. Il y avait en outre trois enseignes dont le premier, La Sonde, âgé de 27 ans, était celui qui avait le plus de connaissances théoriques du bâtiment. Les deux autres, dont l’un se nommait Guérineau, étaient de vraies machines. Nous étions aussi trois pilotins : Cornet de Nantes âgé de 17 ans, Dupé de Couëron âgé de 19 ans, et moi qui en avais quinze. Nous voyions la mer pour la première fois. Deux chirurgiens faisaient aussi partie de l’arrière. […] Le reste de l’équipage était composé de beaucoup de novices et de peu de matelots. Quant à la forme du bâtiment, elle n’était ni belle ni bonne. C’était dans le principe une construction hollandaise qu’on avait rehaussée d’un entrepont de près de quatre pieds et demi, et, par-dessus, une dunette et un gaillard d’avant […]. »

Le 13 septembre 1763, le navire quitte Paimbœuf.
Au début du mois de décembre, il fait escale aux îles du Cap-Vert.
Il arrive à Bissau en janvier 1764.
La suite du récit… sur les côtes d’Afrique.

« À notre arrivée à Bissau nous vîmes plusieurs bâtiments portugais
et anglais qui étaient en traite, ainsi que le Phœnix de Nantes,
capitaine Mary, qui était depuis un mois quoiqu’il fut parti
de la rivière cinquante jours après nous. […]
Ce pays est habité par des peuplades appelées Papels et gouvernées par un roi qui me parut avoir plus de puissance sur les Européens pour leur faire payer les coutumes et les tributs que sur ses propres sujets.[…]
Nous arrivâmes donc à Bissau dans le mois de janvier 1764. Le capitaine paya les coutumes et ouvrit la traite. Il s’attendait aux brillants succès qu’il s’imaginait être le fruit de ses talents et de ses combinaisons […].
Après les palabres d’usage pour le paiement des coutumes, ce qui entraîna quelques jours, on s’occupa de sortir les marchandises des caisses et futailles. Ce travail ne fut satisfaisant pour personne car on trouva beaucoup d’avaries, principalement sur les armes qui étaient dans l’état le plus déplorable. Il n’y avait point d’armurier à bord et cependant il fallait réparer les fusils, pistolets et sabres. Ils étaient tellement incrustés de rouille qu’il devenait indispensable de l’enlever pour faire passer ces armes en traite.[…]
Environ cinq mois après notre arrivée à Bissau, nous tombâmes
dans la saison de l’hivernage […]. Plus nous prolongions notre séjour
dans ces misérables contrées et plus nos provisions de France
se trouvaient épuisées. […] Le capitaine, dans cette position critique, se décida à surpayer les Noirs et traita en totalité environ 140 esclaves. »

En avril 1765, le navire quitte Bissau à destination de Fort-Royal,
où il arrive au mois de juin.
La suite du récit… en Martinique.
La traite ne s’est pas déroulée comme prévu sur les côtes de Bissau.
Joseph Mosneron-Dupin et les autres membres de l’équipage sont affaiblis quand le navire négrier quitte l’Afrique pour la Martinique.
Si Joseph évoque à de nombreuses reprises ses relations avec
les Africains, il ne dit mot des esclaves et ne remet jamais en question
un commerce qui se pratique alors dans la plus grande indifférence.

« Nous fîmes voile dans le mois d’avril 1765. […] Quand nous fûmes
en mer, les vents ne cessèrent de nous servir avantageusement.
Le scorbut dévorait les blancs et les Noirs, nos provisions de bouche étaient à bout, nos voiles et notre gréement ne tenaient pas,
et par dessus tout cela le bâtiment avait peine à se soutenir sur l’eau.
[…] après notre arrivée dans la baie du Fort-Royal, on fit sortir
notre cargaison de Noirs pour les déposer à terre dans des magasins
afin de les soigner et de les rafraîchir.
« Ils furent vendus tant bien que mal. Le capitaine seul s’en était réservé le soin et personne (d’) autre de l’équipage ne s’en inquiéta.
On passa ensuite le bâtiment dans le port afin d’y faire les travaux
de charpentage et de calfeutrage les plus urgents. »

Le Prudent quitte la Martinique à la fin du mois d’octobre 1765.
Il arrive à Paimbœuf le 25 décembre.
Joseph reste muet sur les suites économiques de la campagne. La vente des esclaves ne l’intéresse pas. Il évoque rapidement un retour difficile à Nantes et ses retrouvailles familiales. Son journal s’attache ensuite au récit de ses deux autres voyages et aux prémices de sa réussite.
Devenu un négociant riche, avisé, reconnu par ses pairs, il fonde
en 1786 une société spécialisée dans la traite des Noirs
qui n’est dissoute qu’en 1836, trois ans après sa mort

PETRE GRENOUILLEAU O., texte présenté par, Moi, Joseph Mosneron armateur négrier nantais(1748-1833), éd. Apogée,1995, p 49-91.

Projet d'écriture

Comme Joseph Mosneron-Dupin, nous allons écrire notre journal de bord du voyage que nous avons effectué à bord du Prudent, parti de Paimboeuf le 13 septembre 1763.

Vous choisirez un personnage parmi les suivants :
- Joseph Mosneron-Dupin, pilotin, élève officier, 15 ans.
- Capitaine James, 34 ans.
- Le Second du Capitaine, Virdet, 48 ans.
- Lieutenant Dutreau, 30 ans.
- Cornet de Nantes, 17 ans, pilotin.
- Dupé de Couëron, 19 ans, pilotin.
- Chirurgien Guerineau, 33 ans.
- Matelot Le Gall, de Nantes, 14 ans.
- Esclave Kounta, 25 ans.
- Esclave Lamine, 15 ans.


Chaque personnage va donc raconter ce voyage selon son point de vue. Vous n’écrirez pas un journal de bord quotidien mais vous choisirez les faits les plus marquants.
1- 13 septembre 1763 : départ de Paimboeuf.
2- 30 septembre : description de la vie à bord.
3- 15 octobre : tempête au large du Portugal, description de la tempête.
4- 5 novembre : problèmes sur le bateau, avarie. Les réserves en eau potable s’amenuisent.
5- 3 décembre : escale aux Iles du Cap-Vert afin de se ravitailler en eau. Le Capitaine achète des pagnes car les Rois africains apprécient beaucoup ces pagnes.
6- 10 janvier 1764 : arrivée à Bissau, au sud du Sénégal. Mauvaise surprise car plusieurs navires concurrents portugais et hollandais ont déjà commencé à acheter des esclaves.
7- 28 janvier : après plusieurs jours de palabres avec le Roi, on se rend compte que les marchandises (fusils, pistolets, sabres) sont rouillées ! La traite s’annonce mal.
8- Mai 1764 : début de la saison des pluies. L’équipage attrape la fièvre, les conditions de vie e dégradent, l’ambiance est morose.
9- Décembre 1764 : des membres de l’équipage sont décédés, noël à Bissau, loin de la famille et des gens qui nous aiment.
10- 9 Avril 1765 : après avoir passé 1 an et 4 mois sur les côtes de l’Afrique pour acheter des esclaves, Le Prudent appareille en direction de Fort Royal en Martinique. Les 140 esclaves achetés embraquent à bord du navire, ils avent qu’ils ne reverront plus jamais l’Afrique, il y a une grande tension à bord du navire. L’équipage craint une révolte. Les esclaves sont descendus dans l’entrepont aménagé par le Charpentier, les hommes sont séparés des femmes et des enfants.
11- 26 avril 1765 : les provisions fraîches sont à bout et le scorbut dévore l’équipage. L’équipage sort les esclaves le plus souvent possible afin que « la marchandise » soit présentable et vendable à l’arrivée.
12- 2 mai 1765 : quelques esclaves sont décédés ou se sont laissés mourir .
13- 3 juin 1765 : arrivée à Fort-Royal en Martinique. Les esclaves sont débarqués afin de les soigner et de les rafraîchir.
14- 17 juillet 1765 : les esclaves sont vendus à des propriétaires qui les emmènent sur leurs plantations.
15- Aout 1765 : le bateau reste dans le port afin d’y faire des travaux de charpentage et de calfeutrage car il a subi beaucoup d’avaries.
16- Octobre 1765 : départ de la Martinique pour Nantes, le bateau est rempli de sucre et de coton.
17- Novembre 1765 : mauvaise ambiance à bord, tout l’équipage est épuisé et impatient de retrouver les siens.
18- 25 décembre 1765 : arrivée à Paimboeuf après plus de deux années et trois mois de voyage.et expédition a été un fiasco, 11 membres d’équipage sur 34 sont morts, retrouvailles familiales.

Traite négrière et mémoire nantaise

Le 7 janvier dernier, notre classe de 3°C a effectué un rallye à travers la ville de Nantes sur le thème suivant : TRAITE NEGRIERE et MEMOIRE NANTAISE.

En effet, notre classe participe à une classe patrimoine sur le thème de l’astronomie et la navigation à Nantes au 17° siècle.
Pour le meilleur et pour le pire les marins nantais ont pris la mer et sillonné le globe, la plupart sont allés en Afrique puis aux Antilles, dans le cadre du commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique.
Environ 15 millions de personnes ont été déportés d’Afrique noire vers les Amériques.
Les commerçants des ports européens espéraient de cette manière faire de l’argent facilement. Les bateaux partaient avec des marchandises qui étaient échangées sur la côte africaine contre des esclaves, fruits de razzias organisées avec la complicité de certains rois africains. Les personnes ainsi déracinées étaient entassées d’une manière inhumaine dans les cales des bateaux et transportées vers l’Amérique du Sud, du Nord et les Caraïbes pour travailler la terre dans les champs de coton des colons.
Nantes a été un des principaux ports européens et de très loin le plus important port français pour ce honteux trafic. Les traces en sont encore très visibles tout le long du quai de la Fosse ou dans l’île Feydeau au travers des immeubles construits par les négriers nantais avec l’argent de la traite.
Car la réalité est là !
Le moteur de la traite a d’abord été ce qu’aujourd’hui on appellerait « le fric ». On a ainsi sacrifié des millions de vies humaines sur l’autel de l’économie.
Il est bon de méditer sur ce que furent les causes de l’esclavage et quelles en furent les immondes conséquences.
N’y a-t-il pas une communauté d’esprit et d’intérêt entre ceux qui aujourd’hui disent « qu’il n’y a pas d’autre solution » au travail des enfants dans les pays sous-développés et ces colons qui expliquaient que l’économie des Antilles ne relevait pas de l’esclavage ?
Face aux intérêts des négriers et autres « esclavagistes » des hommes de conscience se sont levés et se sont battus pour l’abolition de l’esclavage : citons Victor Schoelcher et tous les hommes qui ont réussi à abolir l’esclavage en France en 1848.
Notre ville de Nantes n’a pas eu peur ces dernières années de se pencher sur ce passé, nous sommes allés à la recherche des traces inscrites dans le nom des rues, les immeubles, les places et autres bâtiments.Nous sommes ainsi partis de la Butte Sainte-Anne qui domine le port de Nantes à coté de l’actuel musée Jules Verne, nous avons longé la quai de la Fosse, sommes passés par la rue d’Ancin ou se réfugiaient les esclaves ramenés à Nantes puis affranchis.
Nous sommes arrivés à la Place du Commerce qui s’appelait la place du Port-aux-Vins du temps des armateurs négriers, nous avons pénétré et observé la cour du 16 allée Duguay-Trouin, une cour typique d’une maison négrière du 18° siècle.
Ce parcours nous a pris deux bonnes heures de marche et d’observations enrichissantes.